mardi 28 mai 2013

Naissance d'une tragédie



Au trente-et-unième millénaire, l'Humanité est gouvernée par l'Empereur, un monarque dont la puissance semble infinie. Grâce aux expériences génétiques qu'il a mené, l'Empereur et s'est doté de fils surpuissants : les primarques. A la tête d'armées innombrables et de légions de guerriers aux capacités génétiquement augmentées, l'Empereur de l'Humanité et ses fils ont conquis plus d'un millier de mondes. L'Imperium est alors à l'apogée de sa grandeur. Cependant, le souverain décide subitement de déléguer le commandement suprême de ses armées à son fils favori, Horus, et de retourner sur Terra, la planète-mère et le berceau de l'Humanité. Troublé de ce revirement, Horus doit donc assumer la charge de Maître de Guerre. Sans s'en douter, l'Empereur déclenche ainsi les prémisses des évènements qui mèneront l'Imperium de l'Humanité vers les ténèbres sinistre d'un âge à venir où l'univers ne connaîtra que la guerre et où l'Humanité devra mener un combat permanent pour sa survie face à la menace d'abominations dont elle ne soupçonnait pas l'existence.

Trois des meilleurs auteurs œuvrant pour le compte de la Black Library (Game Workshop) se sont alliés pour ouvrir la saga de l'Hérésie d'Horus : Dan Abnett signe L'ascension d'Horus, Graham McNeill lui succède avec Les faux dieux et Ben Counter couronne la trilogie avec l'excellent La Galaxie en flammes. Certes on a pas affaire à de la grande littérature, avec des jeux de style recherchés et des enjeux d'une profonde subtilité. Mais il s'agit pourtant d'une saga épique, qui arrive à dépeindre de manière assez convaincante une tragédie universelle apte à tenir en haleine le lecteur habituellement exigeant que je suis.

L'impression d'harmonie qu'on éprouve en entrant dans la saga est vite ébranlée. On se rend compte que les relations entre primarques ne sont pas ce qu'il y a de plus paisible. Les divisions entre les fils de l'Empereur sont nombreuses et leur cohésion n'est qu'une apparence fragile qui menace de voler en éclats à chaque instant. Beaucoup de ses frères voient d'un mauvais œil l'ascension d'Horus au rang de commandant suprême des armées de l'Imperium et ce dernier doit donc continuellement affirmer sa légitimité. Là où l'on s'attendrait à trouver un surhomme plein de certitudes, on a donc affaire à un Maître de Guerre plein de doutes. Cette faille dans le mécanisme de l'Imperium n'a pas échappé aux forces obscures qui patientaient depuis des millénaires au sein de la dimension chaotique du Warp, attendant l'occasion de pousser l'Humanité vers sa chute.

Car le paysage que décrivent les trois auteurs est celui d'une humanité très sur d'elle même et qui contemple l'univers d'un point de vue résolument scientiste. L'Empereur s'efforce d'écarter de l'humanité le spectre de la superstition. Il n'y a pas d'arrière-monde et il n'y a pas de dieux. Seulex les sciences sont à même d'expliquer l'univers. Néanmoins, lorsque sur le champs de bataille certains Astartes (les guerriers génétiquement modifiés qui constituent l'élite de l'armée de l'Empereur) se retrouvent confronté aux effet monstrueux du Warp sur certains de leurs frères, leurs certitudes vacillent. Qui plus est, la superstition est attachée au cœur des hommes et le besoin de réconfort les poussent à rechercher une figure divine à révérer. Par conséquent, au cœur même de la Grande Croisade, et malgré la doctrine rationaliste en vigueur au sein de forces de l'Imperium, un mystérieux culte de l'Empereur-Dieu se développe sous le nom de Lectio Divinatus.

D'autres cultes existent cependant, et cela même sur des mondes conquis par l'Imperium. La tragédie débutera au moment où l'un des plus sombres de ces cultes jouera un rôle prépondérant lorsque le Maître de Guerre sera blessé par une arme mystérieuse au cours d'une bataille visant à réprimer une rébellion. Trompé par un traître et par les sombres puissances résidant dans le Warp, Horus tentera de conjurer un futur que sa rébellion contre l'Empereur se chargera justement de réaliser. Tel Œdipe qui réalise précisément (en pensant l'éviter) la prophétie qui prédit qu'il tuera son père et épousera sa mère, Horus, trompé par les forces du Warp, se dirige inéluctablement vers le futur fait de ténèbres qu'il s'efforce d'éviter. Et même si Magnus, l'un de ses frères primarques, a entrevue la supercherie et tente à l'aide de pouvoirs interdits de ramener Horus à la raison, rien ne pourra empêcher la tragédie de s'accomplir. Avec La galaxie en flammes, Ben Counter portera le drame jusqu'à son apogée, dans un feu d'artifice de batailles héroïques et de trahisons cosmiques.

On l'aura compris, la lecture de cette trilogie m'a passionné. Si la qualité littéraire des œuvres laisse parfois à désirer, elle ne réussit pas à altérer le plaisir que l'on prend à voir se déplier inexorablement la tragédie de la trahison d'Horus sous nos yeux. Les évènements tragiques dont l'univers de Warhammer 40000 est le théâtre dans ces trois romans confirment qu'il est l'un des univers les plus prometteurs de la science fiction contemporaine. Dan Abnett, Graham McNeill et Ben Counter arrivent brillamment à articuler leurs œuvres respectives et à proposer une vision cohérente de l'univers guerrier auquel ils apportent chacun leur touche personnel. L'ensemble produit un effet détonnant et donne envie de se jeter sans attendre sur le reste de la saga.

Pour aller plus loin :

On lira avec profit l'excellent billet de notre ami le Traqueur Stellaire, Que lire de l'Hérésie d'Horus ?,  où il donne un bon aperçu des opus indispensables de la saga en question.

4 commentaires:

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    1. Pour le moment les suivants me semblent plutôt bons aussi. J'ai terminé la lecture de Fulgrim il y a de cela quelques jours et je me suis bien régalé. Je commence actuellement la lecture de Légion. Et je cherche activement La fuite de l'Eisenstein que je ne trouve nul part !

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  2. Bonjour,
    Je suis à la recherche du N° 2 : Les Faux Dieux.
    Je suis acheteur à prix raisonnable, bien sûr !
    Cordialement.

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    1. Cher J-B,

      Je vous encourage vivement à persévérer dans votre recherche. Je suis convaincu que vous trouverez très vite le deuxième volume de la saga en question dans le commerce ou sur internet. Quoi qu'il en soit, ce volume n'est pas destiné à quitter ma collection.
      Bien cordialement.

      Loïc

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